
Un grossiste-répartiteur pharmaceutique n'est pas un distributeur comme les autres. Il est légalement tenu d'assurer la disponibilité de 90% des références du marché, de maintenir deux semaines de stock minimum sur l'ensemble des médicaments remboursés, et de livrer n'importe quelle pharmacie dans sa zone de couverture en moins de 24 heures, 365 jours par an. Ces obligations de service public (OSP) sont définies par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et ne souffrent d'aucune dérogation.
En face, les laboratoires pharmaceutiques limitent de plus en plus leurs livraisons via des systèmes de quotas et de contingentements, en raison de tensions d'approvisionnement mondiales. Le résultat est une équation impossible à résoudre avec des outils de planification généralistes : vous êtes contractuellement obligé de détenir un stock que vos fournisseurs refusent de vous vendre en quantité suffisante.
Les OSP applicables aux grossistes-répartiteurs opèrent à trois niveaux simultanés, ce qui les rend particulièrement complexes à piloter.
Le premier niveau est le référencement : le répartiteur doit détenir au moins 90% des présentations de médicaments commercialisées en France, y compris les génériques. Ce taux s'évalue à l'échelle de l'établissement et fait l'objet de contrôles réguliers.
Le deuxième niveau est la profondeur de stock : pour chaque médicament référencé, l'obligation est de maintenir l'équivalent de deux semaines de consommation des officines de la zone desservie. Ce calcul doit être documentable à tout moment, ce qui implique une traçabilité parfaite des prévisions de ventes et des stocks disponibles.
Le troisième niveau est la livraison : toute commande passée avant une heure limite doit être livrée le jour même. Pour les médicaments d'urgence, le délai peut descendre à quelques heures. Ce niveau de service ne peut pas être modulé en fonction des tensions d'approvisionnement.

Les médicaments d'intérêt thérapeutique majeur (MITM), liste publiée par l'ANSM, sont soumis à une obligation d'exportation stricte : un répartiteur ne peut pas en exporter une unité tant qu'il ne peut pas garantir la couverture du marché métropolitain. En cas de tension, les MITM sont tracés individuellement, commande par commande, ce qui génère un volume de reporting manuel considérable.
L'une des contraintes les plus sous-estimées est la charge de la preuve. Lors d'un contrôle ANSM ou d'une mise en cause par un laboratoire, le répartiteur doit être capable de démontrer, rétrospectivement, que ses décisions d'approvisionnement étaient justifiées et que les ruptures éventuelles résultent du comportement du fournisseur et non d'une négligence de gestion. Cela suppose un historique granulaire des commandes, des livraisons reçues, des prévisions utilisées et des écarts constatés. Dans la majorité des systèmes actuels, cette preuve ne peut être produite qu'après un travail manuel d'extraction et de mise en forme, ce qui la rend difficile à fournir en temps réel.
La gestion des produits sous quota représente aujourd'hui, dans les structures les plus exposées, plus de la moitié du chiffre d'affaires de l'activité de répartition. Les laboratoires communiquent chaque mois leurs allocations par fax, email ou fichier CSV, sans format standardisé. Les équipes chargées de la planification des approvisionnements doivent ressaisir ces données manuellement, calculer une répartition entre agences, valider les arrondis imposés par le laboratoire (cartons, fardelages), contrôler l'atteinte des francs de port, puis soumettre la commande dans la bonne fenêtre de temps, parfois réduite à quelques heures.
Ce processus, répété des centaines de fois par mois, mobilise des équipes entières sur des tâches à faible valeur ajoutée, sans que le résultat soit pour autant fiable : les erreurs de saisie, les oublis de mise à jour et les conflits d'agendas d'approvisionnement génèrent des déséquilibres de stock coûteux.
Un réseau de répartition comporte généralement un stock central et plusieurs agences locales, toutes reliées par des circuits de distribution quotidiens. Quand un produit manque sur une agence A et que l'agence B en dispose en excédent, le bon réflexe est de réaliser un transfert, appelé dépannage ou « via ». Mais identifier ces opportunités en temps réel, sur des dizaines de milliers de références et une douzaine d'agences, est un exercice que les outils classiques ne savent pas faire automatiquement.
Le résultat : des transferts soit trop tardifs (après que la pharmacie a déjà commandé en urgence à un concurrent), soit trop nombreux (générant des coûts logistiques non maîtrisés), soit simplement absents. Les équipes d'approvisionnement passent une part significative de leur journée à gérer ces arbitrages manuellement, sur la base d'une visibilité partielle.
Autre complexité propre au secteur : les historiques de ventes des grossistes-répartiteurs sont structurellement biaisés. Une période de restriction des ventes sur un produit sous tension génère des ventes inférieures à la demande réelle. Une rupture chez un concurrent génère des pics de ventes artificiels. Un nouveau médicament générique entre sur le marché et les ventes du princeps s'effondrent en quelques semaines. Ces événements sont la norme, pas l'exception, dans une activité où la réglementation évolue en permanence.
Un algorithme de prévision qui ne tient pas compte de ces biais produira des recommandations d'achat systématiquement sous-calibrées, alimentant les ruptures, ou sur-calibrées, alimentant le surstock et les risques de péremption.

Pour les répartiteurs ayant des filiales dans les DROM-COM ou en Afrique, les contraintes se multiplient : délais de transport maritime de plusieurs semaines à plusieurs mois, Autorisations d'Importation (AI) à obtenir avant toute commande, régimes douaniers différents selon les destinations, interdictions d'export sur les MITM. La planification de la distribution de ces filiales ne peut pas se faire avec les mêmes règles que la métropole, mais elle doit rester cohérente avec la politique globale de stock du groupe.
La gestion des produits contingentés dans Flowlity repose sur un moteur de répartition qui intègre nativement les contraintes propres au secteur. Quand un quota labo arrive, il est intégré dans le système et automatiquement réparti entre les différentes agences selon des règles paramétrables : part de marché historique, couverture de stock cible, plancher minimum par site pour garantir la disponibilité locale.
L'approvisionneur n'intervient plus en saisie : il supervise, valide ou ajuste les propositions. La différence est fondamentale. Au lieu de passer deux heures à calculer manuellement la répartition d'un quota entre douze agences, l'équipe consacre ce temps à vérifier que les cas particuliers ont été correctement traités et à gérer les exceptions.
La traçabilité est totale : chaque décision d'allocation, chaque commande envoyée au laboratoire, chaque livraison reçue et l'écart entre les deux sont enregistrés et consultables. En cas de contrôle, la preuve réglementaire est disponible en quelques clics, pas en quelques jours de reconstitution manuelle.
Flowlity calcule plusieurs fois par jour, sur l'ensemble du réseau d'agences, les opportunités d'équilibrage de stock multi-échelon. Pour chaque article en tension sur une agence et en excédent sur une autre, le système propose un transfert en tenant compte du délai de transport inter-sites, du coût logistique associé et de l'impact sur la couverture globale du réseau.
L'approvisionneur reçoit une liste priorisée de dépannages à valider, pas un tableau vide à remplir. Les critères sont transparents et ajustables. Les décisions les plus simples peuvent être automatisées, les cas complexes restent sous contrôle humain. Dans les deux cas, le résultat est une réduction des transferts inutiles et une amélioration du taux de service sur les produits en tension.
L'approche probabiliste de Flowlity est particulièrement adaptée à un environnement aussi volatile que la distribution pharmaceutique. Plutôt que de produire une seule prévision déterministe, le moteur calcule une enveloppe de confiance pour chaque article : une borne basse, une borne haute, et une distribution de probabilités entre les deux.
Cela permet de paramétrer des stocks de sécurité proportionnels à l'incertitude réelle, pas à une règle fixe. Un article à forte volatilité et à obligation OSP bénéficiera automatiquement d'un stock de sécurité plus élevé qu'un article stable et sans contrainte réglementaire. Les périodes de rupture chez le fournisseur sont identifiées et exclues du calcul des prévisions, évitant ainsi le biais lié aux historiques de ventes contraints.
Pour les filiales export, le moteur intègre les délais de livraison propres à chaque mode de transport (aérien, maritime) et déclenche les commandes en conséquence, bien avant que la rupture ne soit visible dans les stocks locaux.

Au-delà de la planification, Flowlity propose un connecteur MCP (Model Context Protocol) qui permet aux équipes d'interroger la plateforme via des outils d'intelligence artificielle générative comme Copilot ou Claude. Un directeur Supply Chain peut demander, en langage naturel depuis son interface Teams habituelle : « Quels produits MITM passent sous seuil OSP cette semaine sur le réseau métropole ? » Il reçoit une réponse structurée, fondée sur les données en temps réel de la plateforme, sans avoir besoin d'exporter un tableau ou d'ouvrir un outil dédié.
Ce niveau d'accessibilité change la nature du pilotage : les alertes arrivent aux bonnes personnes au bon moment, les décisions peuvent être prises plus vite, et la collaboration entre les équipes approvisionnement, direction et commerciaux est fluidifiée.
Oui, et c'est précisément là que réside la proposition de valeur d'un outil de planification probabiliste adapté au secteur. Le niveau de stock d'un répartiteur est aujourd'hui surdimensionné sur certains articles (par précaution, faute de visibilité) et sous-dimensionné sur d'autres (par manque de réactivité aux signaux faibles). Une planification fondée sur une modélisation fine de l'incertitude permet de réduire les surstocks là où ils existent sans toucher aux niveaux critiques, et d'anticiper les tensions avant qu'elles ne se traduisent en ruptures.
Pendant longtemps, les grossistes-répartiteurs pharmaceutiques ont fonctionné avec l'idée que la conformité réglementaire et l'efficacité opérationnelle étaient deux objectifs antagonistes. L'obligation de stock pousse à détenir plus, l'obligation de service pousse à livrer vite, et les contraintes fournisseurs limitent les deux. Dans ce cadre, optimiser signifiait arbitrer, et arbitrer signifiait prendre des risques.
Un outil de planification conçu pour la spécificité du secteur change cette logique. La conformité devient le point de départ de la planification, pas une contrainte qui s'y superpose. Les quotas, les OSP, les MITM et les délais réglementaires sont des paramètres du modèle, pas des exceptions à gérer à la main. C'est cette intégration native qui permet de viser simultanément la réduction des stocks, l'amélioration du taux de service et la sécurisation des obligations réglementaires, sans sacrifice de l'un pour l'autre.
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